lundi 19 mars 2012

La, la, la, la laaaa...





Si vous avez mimé, ou imaginé une vocalise en lisant le titre, vous comprendrez d'autant mieux ce qui va suivre. Si vous avez pensé à "I will survive" je vous invite plutôt à consulter le site de "L'équipe". Si vous avez pensé à la lambada je vous invite à consulter tout court.

Alors voilà, Chanter c’est un sport. Je dis Chanter avec un C majuscule parce que, tout comme on vient gentiment de me le rappeler, chanter sous la douche avec le pommeau en guise de micro ça compte pas - c’est comme sucer, c’est pas tromper - c’est souffler gentiment dans la trachée en marmonnant. Non n’essayez pas, non vraiment. Pardon hein je suis fatigué. Oui bon voilà, Chanter c’est un métier aussi.

J’ai lu un jour que « chanter c’est comme se montrer nu ». C’est vrai parfois c’est un peu ça. Sauf quand on s’appelle par exemple Jens Kidman (Meshuggah). Le chant se résume alors à se présenter vêtu d’un pagne, armé de gros cailloux aux bords acérés, afin de fracasser savamment la tête de chaque membre de l’audience, en prenant bien soin que les petits bouts d’os crâniens s’éparpillent en de jolies fractales. Ça fait moins geignard romantique torturé tout de suite non ? (Je vous ai dit que j'étais fatigué ?) Toutefois je suis sûr que même ce bon vieux Jens, tout Cro-Magnonesque qu’il soit, doit se sentir parfois amoindri physiquement, perclus de crampes, ou alors essoufflé, ou bien un peu douloureux au niveau de la gorge, ou encore du diaphragme. Le chant faisant appel à toute la machinerie musculaire et tendineuse de notre jolie petite soufflerie, j’aime autant vous dire que quand ça craque, c’est une horreur.

Vous avez le dos bloqué ? Crac ! la voix est toute coincée. Vous êtes stressé ? Crac ! Impossible de « lâcher prise » sur les cordes vocales et tout reste bloqué dans la gorge. Vous avez un rhume ? vous êtes Axel Rose ! Vous avez une grippe A ? vous êtes Lemmy Killmister ! Vous avez la diarrhée ? vous êtes Larousso ! Vous vous êtes pété les cotes dans un accident de voiture ? Vous ne pouvez PAS chanter, vous êtes donc Moby. Et ainsi de suite… Je m’étais toujours dit que quand on chante de façon régulière en amateur ou professionnel, soit on fait super gaffe à tout ce qui peut influencer notre santé et donc on mène une vie d’ascète, soit… …Et bien soit on s'en tape comme de la sortie du prochain Michaël Youn. Du coup je me suis souvent demandé s'il n’y avait pas des clans, du genre :

Le clan du « chanteur rock'n'roll » je fume je bois je me drogue je fais des séjours en cure de désintox et du coup ma voix est pas stable en live mais elle sent bon la vie torturée et le Bushmills et du coup c'est trop classe j'ai des petites étoiles qui illuminent le coin de mes yeux et je fais pleurer les filles avant même de les faire monter dans le Tour Bus.

Le clan du « chanteur ultra-technique » et que ça se sent trop grave que je maîtrise à mort ma voix en falsetto forcée et que même si je fume et je bois un peu je peux quand même chanter et jouer de la guitare avec la main droite et du piano avec la gauche tu verras même pas la différence mon pote parce que je prends soin de ma voix avec des amphétamines et la méthode du Docteur Kawamégashima.

Et puis le clan du « Straight Edge » qui ne boit pas ne fume pas couche avec des filles uniquement dans le but de perpétuer l'espèce et prend soin de sa voix en faisant des saunas aux huiles essentielles.

En regardant de plus près, rares sont les chanteurs professionnels qui ne prennent pas soin de leur voix. Ceux qui le font s’exposent à un supplice de Tantale permanent. Être incapable de chanter c’est une véritable torture. On devient comme ces sportifs de haut niveaux qui doivent patienter que leur blessure cicatrise pour pratiquer de nouveau. Sauf que nous c’est pire, on peut difficilement oublier qu’on a mal, dans le meilleur des cas on se cantonne à ne pas écouter trop de musique et à tout faire pour ne pas y penser, pour ne pas avoir envie ne serait-ce que de meumeumer ! (J’ai dit que j’étais fatigué hein ? Oui ?) Mais quand on est dans le cas extrême où on ne peut même plus parler… Là ça devient carrément aliénant. Quand vous êtes musicien votre vie est une grande bande originale. Vous ne pouvez pas y échapper longtemps, tout vous ramène à la musique ! Le moindre son, la moindre voix ! Le besoin compulsif du musicien c’est de jouer de son instrument. Et quoi de pire que d’avoir son instrument sur soi en permanence sans pouvoir l’utiliser !?

Je me rappellerai toute ma vie ce professeur de chant, ancien chanteur d’opéra, dont l’appartement était recouvert des vinyles de ses propres enregistrements, cet appartement qui n’avait sans doute jamais connu que sa présence et dont chaque pièce était marquée par une mélancolie rance et lancinante. La voix éraillée et pourtant solide il vous racontait qu’à l’époque il avait tout pour devenir un grand mais qu’un coup de scalpel mal placé lui avait tout pris, du jour au lendemain, plus rien, plus de voix… Il avait dû s’employer pendant des mois pour récupérer assez de mobilité sur ses cordes vocales et réussir à parler. Mais j’imaginais alors les premiers jours qu’il avait vécus… Enfermé dans un corps meurtri et silencieux. J’en ai fait des cauchemars.

Alors voilà, chanter c’est révéler sa condition d’être faillible et fragile, montrer ses faiblesses et aussi les efforts consentis pour les dépasser. On expose une partie de soi que la pudeur cache en temps normal. Finalement oui… c’est peut être un peu comme se montrer nu. Le cynique en moi me souffle que certains devraient rester habillés. Il a quand même pas tout à fait tort.





2 commentaires:

  1. A quand des MP3 de cette fameuse voix mise à nue?
    Ce blog manque de SOOOOOOOOOOOOOOOON!
    Sinon, on a bien saisi la détresse du chanteur irrité par le "smug" lyonnais, repoussant à une météo plus clémente, son ascèse quotidienne. Genre le mal de gorge chiant.
    Et la suite du roman?

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  2. Hehe :) peut être bientôt des enregistrements ! va savoir ^_^

    La suite de Liz c'est pour bientôt. J'y travaille !

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